Épisode 4 – La voie du pardon

Épisode 4 de l’infolettre audio L’art d’être humain, animé par Pascale Dufresne.

Le thème: La voie du pardon – Du châtiment à la compassion

Plan de l’épisode:

  • Introduction: Sawubona, le beau salut d’une tribu africaine
  • Élever son jeu intérieur: Un enseignement en leadership / Leadership de soi: Le Cercle de Reconnaissance et d’Appréciations
  • Doux pour l’âme et le coeur: À écouter pour une dose d’inspiration: Je m’accorde le pardon
  • Sur ma table de chevet: “The Book of Forgiving” par Desmond et Mpho Tutu
  • Une citation à méditer
  • Mon invitation: 4 étapes, sur la voie du pardon
  • Conclusion: La beauté de laisser aller

Pour écouter cet épisode :

Transcript de l'épisode
SAWUBONA, LE BEAU SALUT D'UNE COMMUNAUTÉ AFRICAINE
Parmi les communautés du Natal, en Afrique du Sud, le salut le plus commun est sawubona . Littéralement, cela signifie «je te vois, tu es important pour moi et je t’estime beaucoup». Il s’agit d’une façon de mettre l’autre en avant . De l’accepter tel qu’il est, avec ses qualités, ses nuances et même ses défauts . En réponse à ce salut, les personnes disent habituellement «shikoba», j’existe donc pour toi.

Aussi curieux que cela puisse paraître, le terme sawubona a acquis une transcendance dans les années 90. Tout cela grâce à un livre d’ingénierie et d’organisations intelligentes. Dans "La cinquième discipline" de Peter Senge, un professeur de l’Université de Stanford, parlait des Zoulous . Il soulignait leur magnifique façon d’interagir et de gérer les problèmes entre eux . Ce ne fut pas un hasard si ces peuples sont devenus l’une des civilisations les plus puissantes du continent africain.

Le peuple zoulou promeut la nécessité de voir l’autre de manière consciente et posée. Il recherchait cet instant qui permettait de maintenir un contact visuel tranquille . Un contact plein de sentiments et d’écoute. Qui laissait étreindre l’âme de l’autre, même si celle-ci était pleine de recoins obscurs . Ou même si elle abritait des blessures et des actes qui exigeaient un quelconque genre de réparation de la part de la communauté.

Sawubona est ce mot qui permet de transmettre notre confiance à l’autre . De lui faire comprendre que notre attention est focalisée sur lui . De lui faire parvenir notre désir authentique de le comprendre . De voir ses besoins, ses désirs, ses peurs, ses tristesses, ses beautés et ses qualités. Car... qui n’aimerait pas être vu de cette façon? Peu de choses sont aussi enrichissantes que le fait de mettre l’autre en valeur. De lui offrir de l’espace, une présence, une importance dans notre cœur, dans le groupe, le foyer, la communauté ou l’organisation.

Quand une personne de la communauté zouloue commettait un acte peu adéquat, une erreur ou une offense, on requérait sa présence au centre du village. Ses voisins, ses amis et sa famille formaient un cercle. La personne en question devait se placer au milieu . Après cela, les gens s’adressaient à elle avec le salut sawubona, avec la fameuse révérence. Ensuite, ils lui rappelaient ses bonnes actions, ses qualités, ses réussites du passé et toutes ses vertus.

Pour le peuple de Natal et la communauté zouloue, tout comme pour Rousseau, aucun homme ne naît mauvais. Parfois, des crises et des déséquilibres nous éloignent juste de ce centre de bonté naturelle . Le but de ces réunions était de rappeler à la personne le chemin de retour à la noblesse. Les gens devaient lui montrer l’importance de sa présence pour le reste de la communauté. L’objectif était de la mettre en avant pour qu’elle reprenne le chemin du bien, de l’harmonie et de la joie.

Ainsi, chaque fois qu’un membre de la communauté s’adressait à elle avec le mot sawubona, la personne devait répondre «shikoba». Cette expression produisait du soulagement et du bonheur. Celui qui, au début, avait pu se sentir éloigné du groupe en raison de ses actions avait maintenant l’occasion de le réintégrer. On lui concédait un espace, une proximité, une importance. C’était le moment de tout recommencer .

Les Zoulous maintiennent l’idée selon laquelle les êtres humains n’existent que si les autres les voient et les acceptent. C’est la communauté qui fait la personne. Par conséquent, rien ne peut être plus satisfaisant que le fait d’être pardonné après une erreur . D’abandonner cet espace de solitude qu’on occupe après une erreur pour retourner vers sa communauté. D’entrer en communion avec le groupe en se sentant aimé et accepté.

Tirons donc des leçons de cette communauté africaine. Apprenons à «voir», à prêter attention aux autres tel que l’énonce le salut sawubona: je te vois, je t’accepte tel que tu es. Soyons capables de percevoir des besoins . De pardonner des erreurs. De favoriser la cohésion entre les personnes .
«Sawubona: toute mon attention est concentrée sur toi . Je te vois . Cela me permet de découvrir tes besoins, d’entrevoir tes peurs, d’approfondir tes erreurs et de les accepter. Je t’accepte tel que tu es et tu fais partie de moi.»

Semons de la compassion. Une somme de petits gestes quotidiens, ça change le monde !

Élever son jeu intérieur: Un enseignement en Leadership / Leadership de soi
Quel est donc le lien entre le pardon et le leadership? Vous pourriez vous demander: Comment peut-on parler de pardonner dans un contexte organisationnel ? Est-il réellement possible de pardonner les erreurs tout en visant les résultats attendus et en maintenant un niveau d'excellence? Cela peut sembler contre-intuitif, mais c'est une question cruciale dans le monde du leadership moderne.

Nous vivons dans des cultures où châtiment et punition prédominent, aussi bien dans nos organisations, créant des environnements de travail et des relations familiales où règnent la peur et la sur-exigence. Pour contrer cela, il est crucial dans le leadership contemporain de comprendre et de défaire le mythe selon lequel fermeté et exigence sont opposées à compassion et pardon.

Les cultures organisationnelles basées sur le châtiment peuvent créer un environnement de travail toxique, un manque de sécurité psychologique tandis que l'intégration du pardon et de la compassion reconnaît l'humanité et utilise les erreurs comme des opportunités d'apprentissage.

Voici une méthode de ma création, inspirée du salut Sawubona, que vous pourrez utiliser aussi bien dans vos équipes de travail qu'à la maison.

Le Cercle de Reconnaissance et d'Apprentissage

  1. Introduction: Expliquez le but du Cercle, en mettant l'accent sur l'écoute et le respect mutuels. (Pas de conseils!)

  2. Check-in: Pour arriver humainement ensemble. Comment j'arrive à cette rencontre? Dans quel état d'être?

  3. Partage des Défis : Chaque participant partage un défi, une difficulté ou une erreur qu'ils ont dû surmonter.

  4. Pratique du "Je te vois" : Après chaque partage, le groupe prend un moment pour dire à la personne "je te vois", en rappelant ses bonnes actions, qualités, réussites passées, et ses forces, talents et ressources.

  5. Qu’apprenons-nous de cette situation? Individuellement? Collectivement?

  6. Check-out : Comment je repars? L'impact de ce Cercle pour moi? Ce que cela me permet?

Bonne expérimentation!

Doux pour l'âme et le coeur: A écouter pour une dose d'inspiration
Dans mon second infolettre audio "Transformer sa vie (et son leadership) par le journaling", je vous lançais l'invitation à écrire une lettre à vous même, comme si vous étiez votre meilleur(e) ami(e), à partir d'une place d'auto-compassion.

Je vous offre ce mois-ci le texte qui a émergé pour moi:
Je m'accorde le pardon. (A écouter dans la version audio)

Sur ma table de chevet
"The Book of Forgiving" par Desmond et Mpho Tutu est un trésor de sagesse et d'humanité. En partageant leurs expériences personnelles et celles d'autres personnes à travers le monde, les auteurs illustrent le pouvoir transformatif du pardon. Le livre ne se contente pas d'explorer le concept théorique du pardon; il offre également des outils pratiques et des exercices pour aider les lecteurs à naviguer dans leur propre processus de pardon.

Desmond et Mpho Tutu - The Book of Forgiving

Une citation à méditer
"Le pardon ne change pas le passé, mais il élargit l'avenir."
Paul Boese

Cette pensée nous invite à considérer comment le pardon peut nous défaire du poids du passé, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles possibilités.

Mon invitation:Sur la voie du pardon
Je vous propose d'explorer ces étapes pour naviguer dans une situation où le pardon vous semble difficile :

1. Accepter la souffrance et le deuil.

Reconnaître la douleur, la perte. Cela peut impliquer de laisser aller certaines attentes ou des rêves, ou de renoncer au sentiment de puissance qui vient du fait d'avoir raison.

2. Quelle histoire suis-je en train de me raconter?

On s'attache à une histoire, dans laquelle il y a un méchant et un gentil. Dans laquelle quelqu'un a raison et l'autre a tort.

Parfois nous sommes le méchant et on a des regrets, on se critique, on se juge. On se sent coupable. On ressent de la honte.

Parfois nous sommes le gentil et on devient la victime. On blâme, on condamne. Comment cette personne a-t-elle pu me faire ça? Comment ne peut-elle pas voir ce qu'elle m'a fait et combien je suis heurtée?

Mais... à qui je fais mal quand je rumine? Quand je m'enferme dans une histoires qui cause de la souffrance?

3. Observer ses exigences et sa pensée binaire:

"Si la personne m'aimait, elle n'aurait pas fait cela".

Remarquez comment les attentes envers les autres peuvent alimenter la douleur. Comprenez que de bonnes personnes peuvent commettre des "erreurs", porter des actions qui ne correspondent pas à vos valeurs ou convictions: Une "bonne" personne peut faire une "mauvaise" chose.

Il importe de distinguer l'action de la personne: Ce qu'elle a fait ... de ce qu'elle est.

4. Imaginer une nouvelle histoire

Qu'avez-vous appris de cette expérience?
Prenez la responsabilité de vos actions, paroles et émotions. Apprenez à pardonner tout en étant ferme sur vos limites.

Faites le "ET" entre pardonner ET être ferme sur ses limites

Remettez en question le récit dans lequel vous êtes la victime ou le coupable. Écrivez une nouvelle fin à l'histoire

Restons connectés!

Abonnez-vous à mon infolettre “L’art d’ÊTRE humain”.
Du contenu intimiste et exclusif.
Promis, pas de SPAM. Que de l’inspiration!