Cette crise, un grand appel à plus d’humanité?

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Cette crise, un grand appel à plus d’humanité?

Ce texte fait suite à une chronique sur les ondes de ICI Radio-Canada Saguenay, mercredi 8 avril 2020: Cette crise, un grand appel à plus d’humanité?

L’humanité est le sentiment de bienveillance, de compassion envers autrui. C’est le propre de la nature humaine profonde à mon avis. C’est le fruit de notre essence véritable.

Certains diront qu’il est encore trop tôt pour tirer des apprentissages de cette crise que nous vivons. Nous sommes encore en plein dedans et peut-être même pas encore dans la pointe de celle-ci. Nous sommes en pleine adversité pour plusieurs d’entre nous et quand c’est le cas, il est difficile de changer nos lunettes afin d’y voir les opportunités. Le vieux dicton qui dit que dans toute crise il y a une opportunité et bien parfois quand on est dedans, on a du mal à y croire, trop accablés par nos souffrances, en mode survie.

Et c’est normal de penser comme cela. C’est humain. J’ai aussi comme tout le monde des préoccupations, des hauts et des bas face à l’avenir de mon entreprise et de ma pratique.

Et en même temps, quelle belle occasion nous avons de parler d’humanité….

On dit que ce que l’homme n’apprend pas par la sagesse, il l’apprend par la souffrance. Et nous sommes dans une période de grande vulnérabilité planétaire.

C’est un temps de grands paradoxes: en même temps que des gens meurent, la planète semble revivre et nous voyons plein de beaux gestes d’humanité autour de nous, des gens qui se mettent au service de ceux qui ont encore plus besoin qu’eux, des gestes de solidarité et d’amour. L’humain qui met de côté ses besoins individuels pour se mettre au service de plus grand, du bien commun, par conscience sociale, ça n’est pas rien.

J’ai confiance que nous passerons à une vie différente et que cette crise change notre regard sur l’expérience humaine.

Que nous élèverons nos niveaux de conscience.

Alain Deneault, le philosophe nous le dit très bien: « une pandémie, guerre, famine est un moment historiquement idéal pour reposer les questions fondamentales. Pensons à la grippe espagnole, la lèpre, la peste, la malaria. On prend conscience du temps long de l’histoire. On se rend compte qu’on a une conscience des jeux d’accordéon démographique dans l’histoire. Une opportunité de se situer dans l’histoire. Un moment existentiel…Un moment intellectuel où on peut se demander d’où on vient et où on va. »

Boris Cyrulnik, le neuropsychiatre aussi est du même avis. Cette crise favorise la solidarité. Nous sommes solidarisés par le fait d’avoir un ennemi commun.

POURQUOI EST-CE DIFFICILE D’ÊTRE DANS NOTRE HUMANITÉ?

Et bien, quand on est en situation d’adversité, on cherche à combler notre besoin d’être en sécurité. On se détache de l’autre, de notre capacité à être au service de plus grand, de notre capacité innée à être empathique à l’autre. Et ça n’est pas mal! C’est humain. Nous sommes programmés comme cela. C’est un réflexe de survie. Nous sommes programmés pour percevoir les menaces à notre existence. Et si cet état d’alerte n’existait pas, nous serions une espèce éteinte.

Notre nature première d’humain nous amène à ce réflexe de vouloir revenir à notre sentiment de sécurité et de paix. Et donc de mettre des stratégies en place pour réduire l’inconfort où de nous distraire de celui-ci.

Il faut, en conscience, passer de la survie à la vie….

COMMENT?

1) ACCUEILLIR L’INCONFORT

D’abord accueillir cet inconfort, observer ce qui se joue en moi, qu’est-ce qui est là? Ici et maintenant. La peur est un indicateur, elle nous dit quelque chose. Alors au lieu de se laisser envahir par celle-ci, écouter son message. Qu’est-ce que ma tête me dit, quelles pensées, jugements m’habitent? Qu’est-ce que mon monde émotif me dit? Et qu’est-ce que m’indique mon corps? De quel besoin ça parle? Être rassuré? Connecté? Besoin de calme? Être soutenu? Être informé? Me sentir utile et contribuer? Comment je peux honorer et m’occuper de ce besoin? Accepter ce qui se joue en moi et honorer ces besoins qui émergent.

2) L’EMPATHIE

Vous avez peut-être vu le superbe texte dans la Presse du 29 mars dernier, où Gilles Vigneault nous partage ses sages réflexions en lien avec la crise. Il nous dit : Ce que je fais aujourd’hui ? Eh bien, le Bouddha a dit : « Fais ce que tu fais d’habitude, en ayant beaucoup d’empathie. » Et M. Vigneault continue à faire son sirop d’érable mais pour en donner à tout le monde! 🙂

« Nous devons plus penser à l’autre…l’autre juste à côté… L’autre qu’on a un peu oublié… » C’est la conscience du fait qu’on est responsables les uns des autres, commente-t-il. Du fait que nous ne vivons pas seuls.

Comme nous l’a dit M. Arruda: Faire des gestes d’amour. Prendre le temps de dire à nos proches qu’ils sont importants. Un petit appel, un petit bonjour. Car la solitude, ça n’est pas seulement être seul. C’est aussi le sentiment que personne ne s’en soucie….

Et enseigner ces gestes d’amour à nos enfants. Ils ne sont plus à l’école mais ils sont à l’école de la vie en ces temps de crise.

L’empathie sert à être sensible à la réalité de l’autre. Pour certains, cette période est un retour à soi, une pause forcée, un ralentissement, une opportunité de se réinventer et faire autrement. Un retour à l’essentiel. Ou une vocation, passion retrouvée. On se remet à la musique ou à l’écriture. Mais pour d’autres, c’est une période de grande vulnérabilité, de difficultés financières ou de santé, de culpabilité, soi de ne pas en faire assez au travail ou de vivre en sécurité pendant que d’autres souffrent, de ne pas être utiles auprès de ceux qui ont besoin d’aide.

C’est si facile de tomber dans le jugement : Moi je fais ma part. Pas lui, pas elle. Qu’est-ce qu’il ne comprend pas? Lui, elle, ne fait pas assez, ou pas assez à mon goût, est inconscient, ou insouciant. C’est quoi son problème?

Le travailleur autonome dira: oui mais toi t’as un salaire qui entre.

Le parent dira: oui mais moi j’ai trois bouches à nourrir et le télétravail est l’enfer!

La personne seule dira: oui mais au moins toi tu es entouré et pas seul comme moi.

Mais il est très rare qu’une phrase empathique débute par « oui mais » ou « toi au moins » 😬.

D’ailleurs il est rare tout court qu’une phrase qui débute par « oui mais » crée de la connexion. Le « oui mais » est un destructeur de connexion.

Nous avons tous nos réalités.

Je vois dans les réseaux sociaux des appels à plus de positivisme, de responsabilité et de relativisation. A mon humble avis, personne ne part de la même place dans cette situation, de par notre réalité de vie (que personne ne connaîtra jamais à 100%), notre niveau de conscience, notre gestion de soi et notre capacité à faire face aux émotions.

Il est facile de tomber dans le jugement et de se mettre à mesurer qui a le droit de se plaindre ou pas. Ou bien de se rassurer avec cette fameuse phrase « Quand on se compare et on se console ». C’est humain de faire cela.

Il y a toujours pire que nous. Il y a toujours moins pire que nous.

Toutefois, une chose est sûre, ce que l’on peut comprendre c’est l’émotion de l’autre. Qu’il souffre. La situation précise, les faits qui l’entourent, l’histoire que l’on se raconterait personnellement, si on était dans la même situation, qui ne nous ferait pas nécessairement souffrir autant, qui sait? Mais ce ne sont pas l’histoire ou les faits qui sont importants. C’est ce qui est là pour l’autre : la tristesse, l’anxiété, la peur ou la colère. Et ces émotions-là, nous les connaissons. Et nous pouvons nous y relier. C’est ça l’empathie.

Et si on demeurait branchés à notre ouverture, notre empathie, compassion et humanité? Et si on acceptait le fait que personne ne part de la même place?

Je suis d’accord avec M. Vigneault : une des solutions pour faire face à cette situation de crise : l’empathie.

3) SORTIR DE LA DUALITÉ.

Passer du « moi OU l’autre », au « moi ET l’autre ».

Le problème, c’est que l’on est souvent dans les dualités. Moi j’ai le droit de ma plaindre mais pas lui? Lui est pire que moi alors pourquoi me plaindrai-je? C’est moi OU l’autre.

Imaginions que nous sortions des dualités. Et que l’on remplaçait le OU par un ET. Moi ET l’autre.

Moi: J’accueille ce qui se joue en moi. J’accueille l’expérience que je vis en ce moment peu importe la situation. Si « petite » soit-elle. Car, on peut bien vouloir la chasser, cette émotion de peur ou d’anxiété existe bel et bien. Elle est un indicateur qu’il se passe quelque chose en moi dont je dois m’occuper.

ET en même temps:

Je suis sensible et empathique à ce que l’autre vit. (Que ça soit pire ou moins pire à mes yeux). Car pour l’autre, ce qu’il vit, c’est réellement là pour lui. On peut bien voir contrôler ce qu’il vit ou chasser son angoisse, on ne le peut pas.

Une fois en en conscience de cela, je peux faire le choix de comment j’ai envie d’agir en conscience de moi-même ET en sensibilité pour l’autre. Et je peux faire l’effort conscient de relativiser mon expérience, de gérer mon anxiété, en me comparant si ça peut me faire du bien…

Tout ça peut coexister … si on sort des dualités.

EN CONCLUSION : ÇA VA BIEN ALLER?

C’est correct de se rallier autour de phrases comme: Ça va aller, et tout ira bien. Pourvu que ça ne veuille pas dire, Tout ira bien et une fois cette crise terminée, on pourra retourner à notre train-train quotidien et nos vieilles habitudes. Non!

Il faut changer nos habitudes. Il faut que l’on prenne conscience que nos façons de faire ne sont pas viables. Qu’il faut changer nos habitudes de consommation et que l’on remette l’humain au centre de nos pensées, au cœur de notre l’économie et de nos grands enjeux. Il faut changer nos paradigmes.

Il faut qu’il l y ait un après Covid-19: plus de relations authentiques, Boris Cyrulnik nous l’a dit « Après l’épidémie, il y aura une explosion de relations », je l’espère!

Il faut que l’on ait plus de conscience de nos gestes quotidiens sur notre communauté, le monde, l’environnement, que l’on fasse de meilleurs choix de vie. Qu’on fasse des affaires et qu’on gère nos entreprises différemment, qu’on voyage différemment, avec plus de conscience. Il faut qu’il y ait une grande prise de conscience de l’impact de nos actions. Qu’on ait envie de se rendre plus utile, d’être dans le service à l’autre. Nous avons une opportunité en ce moment de passer du « FAIRE » à l’« ÊTRE ». De revenir au coeur de qui nous sommes.

Et d’être de meilleurs humains, pour soi, les autres et notre planète.

C’est l’occasion d’une élévation du niveau de la conscience collective.

 

 

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