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Humanité - Sens- Performance durable

/ OUI MAIS, J’AIME MA JOB! S’ÉPUISER AU NOM D’UNE MISSION

OUI MAIS, J’AIME MA JOB! S’ÉPUISER AU NOM D’UNE MISSION

Nous avons tous besoin de nous réaliser. La quête de sens est devenu la quête ultime de notre époque. Trouver notre place dans ce monde et avoir l’incommensurable privilège de connecter jusqu’au plus profond de notre être à ce que nous croyons être notre mission de vie, notre raison d’être dans ce monde, notre grand pourquoi. Quand cette mission se révèle à nous, elle devient notre vie. Elle devient ce à travers quoi nous nous réalisons au quotidien. Nous avons une place. Tout cela goûte très bon. A travers cette mission, nous existons!

Mais cette mission, elle peut avoir un autre impact que nous ne voyons pas tout de suite. Celui de nous dévier de nous-même, de notre essence, de nos besoins. Notre mission devient notre principale excuse pour ne pas nous préoccuper de nous-même. A ceux qui disent que peut-être je travaille trop, je réponds : Oui mais… J’aime ma job! Elle me nourrit! Elle remplit ma mission de vie! Elle me procure du sens! J’ai l’impression de contribuer à quelque chose de grand!

C’est notre excuse pour travailler sans cesse. Jour, soir, week-end et même la nuit. C’est notre excuse pour être souvent dans l’excès. Notre esprit est constamment occupé par cette mission. Nous répondons à des automatismes appris étant jeunes : prendre en charge, faire bien, faire beaucoup, faire toujours plus, faire à la perfection. Car être aimé, ça n’est pas simplement « Être ». « Être » est loin d’être suffisant. Pour être aimé, admiré, reconnu, il faut « Faire ». Faire bien et beaucoup. Et quand on nous demande comment ça va, on répond : haaaa j’te dis pas! Je suis occupée, moi! Être important c’est être occupé!

Jusqu’à temps que ton corps nous parle. Car notre corps, lui. Il ne ment pas. Notre cerveau, si aiguisé en temps normal, commence à nous laisser tomber par moment. Notre capacité à traiter de nombreux problèmes en même temps, d’élaborer de nombreuses solutions, d’accomplir une quantité remarquable de tâches en un temps record grâce à notre rigueur et notre discipline, s’effrite peu à peu. Notre focus : envolé. Notre mémoire : soudainement douteuse. Étourdissements, grande fatigue, nausées. Notre corps ne sait pas mentir. Quelque chose ne va pas.

C’est l’épuisement.

Il y a quelques mois, Diane Bérard publiait un article intitulé : « S’épuiser à changer le monde: quand notre travail a trop de sens. » Elle y décrit le phénomène du « paradoxe du changement social: qu’est-ce qu’on peut se faire souffrir à faire le bien… (…) le paradoxe du monde de l’innovation sociale et du changement social : ceux et celles qui y travaillent s’échinent à transformer la société pour qu’elle soit plus humaine, plus inclusive, plus résiliente, mais leur travail, lui, les mène souvent vers l’épuisement. » Elle donne l’exemple de ce jeune avocat, en manque de sens, qui quitte son cabinet du centre-ville par manque de sens et joint le monde de l’innovation sociale, un domine riche de sens mais où on s’épuise à cause entre autres du manque de ressources et le constant sentiment d’urgence.

Cette histoire n’est pas étrangère au monde corporatif. Car de plus en plus, des gens ont trouvé leur sens dans le monde corpo. Dieu sait qu’il y en a du travail à y faire pour y réduire la souffrance! Travailler à une mission de vie riche de sens ne nécessite plus de tout plaquer pour passer du corporatif à une OBNL. Et donc, le même phénomène existe. Les mêmes excuses sont prononcées. Le même malaise s’installe.

Vous êtes-vous déjà demandé à quoi ressemblerait votre vie sans votre travail, sans votre mission? Je l’ai vécu. 4 mois. Repos forcé que je ne vous souhaite pas, mais bon, 4 mois sans travail quand même.  Contentez-vous d’imaginer. A quoi ressemblerait votre vie? Vous tournez en rond comme un lion en cage? Vous êtes soudainement libéré du joug qui vous empoisonnait la vie? Vous pouvez enfin vous adonner à ce qui vous plaît vraiment et être heureux?

Il n’y a pas un job qui vaut la peine d’y laisser sa santé. Il n’y a pas un corps qui n’a pas besoin de se reposer. Regardez les sportifs de haut calibre. En connaissez-vous qui n’ont pas des disciplines de vie strictes où s’alternent périodes d’entrainement et de repos? Mère Teresa écrivait à ses supérieurs qu’il était obligatoire pour ses religieuses de prendre une année complète hors de leurs fonctions tous les 4 ou 5 ans pour leur permettre de se soigner des effets de leur travail de soignante.

De nos jours, nos temps libres sont consacrés à devenir la meilleure version de nous-même : cours de ci, cours de ça, lecture sur ceci ou cela, une activité physique pour être svelte, le yoga pour être zen. Mais quand prend-on le temps de chanter à tue-tête, danser dans la cuisine avec nos enfants, rire à gorge déployée et vivre des moments de grande légèreté ?

A tous ceux qui me diront qu’il suffit d’aimer son travail pour échapper à ce fléau, je répondrai que c’est bien d’être heureux au travail, évidemment ! Qui peut être contre le bonheur ! Mais il s’agit tout de même d’un travail. Quand vous êtes au travail, vous n’êtes pas en train de vous occuper nécessairement de ce qui compte vraiment dans votre vie, des gens qui vous sont chers. Avoir un travail que l’on aime, qui nous procure sens et sentiment d’accomplissement n’est pas une protection contre l’épuisement et les problèmes de santé. Et je vous répondrais que : « Oui, mais, j’aime ma job, n’est pas une excuse pour se sacrifier. »

Oui, j’aime ma job, mais…

  • Est-ce que JE M’AIME assez ? Assez pour agir avec bienveillance envers moi-même, tout comme si j’étais mon meilleur ami ?
  • Est-ce que JE M’AIME assez pour cesser de m’imposer de la souffrance par un désir de perfection, de jugement et l’impression de ne jamais être assez ?
  • Est-ce que JE M’AIME assez pour commencer à m’offrir le droit à l’erreur, au repos, ainsi que la possibilité de me montrer vulnérable et de demander de l’aide sans me diminuer ?
  • Est-ce que je SUIS mon travail ? Est-ce qu’il représente ma principale raison de me valoriser et de sentir que j’existe ?
  • Suis-je conscient que mon lien au travail n’est qu’une couche identitaire ? Un rôle ? Au même titre qu’être parent, époux, frère, sœur.
  • Ai-je oublié que le travail est au niveau du faire et non de l’être.
  • Et si je perdais mon travail, que resterait-il de moi ?
  • Si je perdais mon travail et qu’on me demandait « Qui es-tu ? Que fais-tu ? », quelle serait ma réponse ?

Si j’étais totalement libre du regard des autres, totalement libre de mon besoin d’être reconnu pour mon titre ou mes accomplissements, d’être vu ou d’être aimé, si j’étais totalement libre d’être qui je suis réellement, serais-je à cet endroit où je suis en ce moment professionnellement ?

Je vous laisse le soin de répondre à ces questions.

Et la prochaine fois que quelqu’un qui vous semple épuisé et au bout du rouleau vous répond « Oui, mais, j’aime ma job ! C’est ma mission ! Elle me nourrit !» Osez lui dire que ça n’est pas une excuse pour ne pas porter l’amour de soi et rappelez-lui la nécessité de faire preuve de bienveillance envers elle-même. Dites-lui qu’elle est digne d’être aimée juste pour ce qu’elle est. Qu’elle n’a pas à s’imposer d’en faire autant. Une personne que j’aime a osé me le dire un jour et ce fut le plus beau des cadeaux qu’on pouvait me faire.

 

À propos de l’auteur :

La quête d’une vie riche de sens a amené Pascale Dufresne à complètement réinventer sa vie professionnelle après plus de 20 ans en tant que conseillère dans des entreprises au Canada et à l’international. Elle travaille maintenant à accomplir sa mission soit réinventer les organisations et à en faire des lieux de travail inspirants, des espaces protecteurs et bienveillants où règne la confiance, où les gens peuvent être eux-mêmes en totalité et ont l’impression de contribuer à quelque chose de plus grand qu’eux.

Elle est experte en développement des compétences et de la personne, coach en leadership humaniste, auteur et conférencière. Elle a publié en 2016 « Entre la tête et le cœur. Voyage intérieur pour se découvrir et s’accepter. » Parmi tous les auteurs à succès des éditions Béliveau, elle a été sélectionnée pour représenter la maison d’édition au Salon du livre de Paris en mars 2017.

 

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